Humeur

Deuil : un an après

Il y a un an, jour pour jour, l’impensable arriva. Ma vie s’arrêta nette. Ce qui me faisait le plus peur dans la vie arriva sans prévenir. Mon papa a su tromper la mort à maintes reprises. Mais ce 29 octobre 2018, elle est revenue et lui a pris sa vie. Je reviens pour un dernier article sur le Deuil : un an après.

Photo by Mike Labrum on Unsplash

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1 an, 12 mois, 52 semaines, 365 jours, 8760 heures, 525600 minutes

Je dois vous avouer que cet article est très difficile à écrire comme les deux précédents. Le jour où je l’écris nous sommes le 15 octobre, soit deux semaines avant la date du 29 octobre. Mais cela fait depuis le 1er octobre que mon cœur est plus lourd par rapport aux autres mois.
Car je revis chaque jour, les derniers jours de vie de mon papa. Ce que l’on faisait ensemble. Il m’arrive encore très souvent de regarder l’horloge à 15 heures, en pensant c’est l’heure du médicament. C’était le moment où je lui préparais son petit sirop d’anis pour accompagner le médicament. Cela lui évitait de devoir descendre à la cuisine afin qu’il ne se fatigue pas trop. J’ai gardé ce réflexe de 15 heures.

Deuil : 1 an après
Photo by DEBADITYA CHATTERJEE on Unsplash

Depuis le 18 février.

Début mars, après une énième discussion avec ma maman qui s’est encore terminée en larmes. Je lui ai parlé de mon souhait d’avoir le compte rendu des derniers jours de vie de mon papa.
Car j’avais cette impression de ne pas savoir comment il était décédé. Alors que je le savais très bien. Mais j’avais ce besoin de le lire, de l’assimiler afin de “clôturer l’épisode hôpital”. Le service où était hospitalisé mon papa est un service de médecine interne. L’équipe médicale a toujours été adorable que ce soit envers mon papa ou nous. Ma maman leur a donc téléphoné pour avoir le compte rendu complet de la semaine d’hospitalisation. Je craignais que 5 mois après, cela ne soit pas possible.

Un jour du mois de mars, nous avons reçu le courrier. Je me souviens que je tremblais comme une feuille. Le compte rendu tenait sur 2 feuilles. J’ai lu, j’ai pleuré, je ne comprenais rien aux termes médicaux. Mais la dernière phrase m’a fait froid dans le dos.
Le patient est repris dans l’unité où l’évolution sera défavorable au niveau neurologique puis respiratoire, conduisant au décès dans un contexte palliatif le 29/10/2018“. Cette phrase me retourne toujours autant. Rien que de l’écrire, mes mains tremblent encore.
J’ai fait mes études secondaires dans le service aux personnes. Dans le cadre de stage auprès des personnes âgées, je connais parfaitement la signification du terme “soin palliatif”. Pour faire bref, c’est l’accompagnement vers la mort.

Accompagner, aider le patient à s’éteindre dans l’apaisement, sans souffrance.
Et moi qui n’était pas à ses côtés pour l’aider à déployer ses ailes. Je m’en voudrais toute ma vie d’être partie. J’ai été lâche, faible.

 

Deuil : 1 an après
Photo by Anuja Mary on Unsplash

Les 7 mois suivant

Les “joies” de l’administration

L’administratif a duré et traîné longtemps. L’officialisation de l’achat du caveau. Il a fallu attendre plusieurs mois pour confirmer que nous étions “propriétaire” du caveau même si on loue l’emplacement à la commune. C’est une partie assez complexe que je ne comprend toujours pas aujourd’hui. C’est l’administration.

On a vu enfin le bout de la succession chez le notaire après plus de 6 mois. Mais le plus dure restait à venir : les impôts. En effet, lorsqu’une personne décède, si vous avez fait le nécessaire pour faire les changements, cela est automatique Le plus pénible reste la déclaration des impôts sur le revenu. Vous devez remplir deux déclarations. On aime les heures passées au centre des impôts. Je vous conseille d’amener un gros livre, un sandwich et un oreiller. Car vous allez rester assis plusieurs heures.

Au printemps. Je ne cessais de dire à ma maman que j’en avais assez de fleurir du béton qui plus est se fissurait à l’endroit des réparations. Je sais que cela coûte extrêmement cher. Comme la succession était terminée et que nous avions récupéré l’argent appartenant à mon papa. Nous avons pu faire la tombe. Même si je n’ai pas de salaire j’ai payé ma part, car je le voulais participer, comme mon frère l’avait fait pour l’achat du caveau. Courant avril, ma maman, mon frère et moi somme allés au cimetière voir le style de tombe, de marbre qu’il y avait. Ma maman avait déjà une petite idée des gravures. Nous sommes allées aux pompes funèbres qui collaborent avec les marbriers. La commande est passée. Début juillet, l’installation est faite. La tombe est magnifique, ma maman avait choisit de faire graver un bouquet de mimosa avec deux roses. Le plus difficile fut lorsque la plaque (avec le nom et prénom de mon papa et les dates) a été installée. C’est là que j’ai vraiment réalisé que mon papa n’était réellement plus parmi nous . J’ai eu un gros coup au moral.

 

Deuil : 1 an après
Photo by Jan-Henrik Franz on Unsplash

Les sentiments du deuil : 1 an après

Les sentiments par lesquels je passe sont toujours présents. Je dirais que parfois ils sont plus intenses selon les jours. Au tout début, je sentais encore la présence de mon papa dans ses affaires, son odeur dans sa chambre. Mais au bout d’un an. Tout à disparu. Surtout que ma maman et moi avons fait le tri dans ses vêtements, vidé son placard. Certains de ses habits ont été donnés à Emmaüs, d’autres sont soigneusement rangés dans une cantine.
Un jour avec ma maman, nous sommes allés à Emmaüs dans l’idée de trouver un objet dont j’avais besoin pour mes photos. Après cela, sans arrières pensées, on est allé dans le bâtiment à vêtements. Et tout à coup, je me suis souvenu que nous avions donné les vêtements de mon papa. Je n’ai pas pu rester plus longtemps, les larmes coulaient. La peur de voir les vêtements de mon papa dans les rayons. J’étais dévastée et j’ai préféré que l’on reparte.

Lorsque je sors pour faire les courses, c’est dur, surtout lorsqu’il y a du monde. Je n’ai pas toujours envie, mais je me fais violence.
Cependant, j’aime aller au cimetière, poser ma main sur la tombe, sur sa plaque. Comme si le simple fait de toucher son prénom, permettait de le toucher aussi. C’est le seul endroit où l’on est si proche l’un de l’autre. Seulement l’épaisseur du béton et du marbre nous sépare.

Actuellement, je me sens de plus en plus mal. Je m’ennuie de mon papa. Il m’arrive souvent de me dire, j’ai oublié de lui demander quelque chose. Ou encore pour tel événement il pourrait m’aider. Il n’y a pas un jour, où il n’y a pas le mot papa dans mes phrases. Et quasiment à chaque fois, les larmes coulent.

 

Deuil - 1 an après
Photo by Olga Kononenko on Unsplash

Le 29 octobre 2019

Si vous saviez comme je redoute le 29 octobre (au moment où j’écris l’article, nous sommes deux semaines avant). J’ai peur. Peur de mes réactions, colère, tristesse, déprime …
Car je n’accepte toujours pas que mon papa ne soit plus là, qu’il ne fasse plus parti de notre vie. Sa présence, sa voix, quand il chante faux, son rire, ses blagues, ses anecdotes me manquent tellement.

Parfois, j’en ai juste marre. Et quand cela m’arrive, je n’ai qu’une envie être seule, ne parler à personne et que personne ne me parle. Et rester confinée dans ma chambre sans voir personne.

Enfin, c’est ici que se termine deuil : 1 an après.

 

Deuil : 1 an après
Photo by Hisu lee on Unsplash

 

Afin de retrouver les précédents articles, cliquez ici.

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